Analyses de sol : on n'a pas encore trouvé mieux !
Contrairement à certaines cultures sous serre, le sol est, en grande culture, bien plus qu'un simple support. Garant de l'alimentation optimale des cultures, il est le siège d'une vie intense, indispensable à son bon fonctionnement. Pour éprouver son efficacité ou déceler les causes d'un disfonctionnement, l'analyse de terre reste aujourd'hui le moyen le plus efficace.
Et pourtant, on estime à peine 215 000 analyses de sols effectuées par an sur l'ensemble de la France alors qu'une gestion optimale en laisse estimer 4 fois plus. Les raisons de cette sous utilisation sont diverses : temps d'obtention des résultats, intérêt économique, difficulté interprétation… L'outil s'est pourtant sans cesse amélioré pour proposer des résultats directement exploitables par les agriculteurs.
Prélèvement : rigueur et efficacité vont de paire
Le prélèvement doit être représentatif de la zone à analyser. Il s'agit donc d'abord de repérer une zone homogène d'environ 100 mètres sur 100. Cette zone doit être la plus représentative de la parcelle : éviter les fonds de talweg, les zones de texture très hétérogène ou à l'historique cultural trop spécifique. La zone est ensuite bien repérée soit sur un plan, ou sur une carte IGN en prenant des repères fixes dans le temps (maison, chemins, arbre…), soit avec un repérage au GPS.
Sur la zone repérée, 15 à 18 prélèvements de terre suffisent. L'ensemble est mélangé et constitue l'échantillon à analyser. Le prélèvement doit être fait sur 25 cm de profondeur en moyenne (profondeur de labour). Les échantillons sont conservés dans des sacs plastiques propres, au sec et apportés au laboratoire pour analyse avec la fiche de renseignements complémentaire.
Les analyses doivent se faire pour une même parcelle toujours à la même période et si possible derrière la même culture. Compte tenu des différences de comportement, on préconise une analyse tous les 3 ans en sable et tous les 5 ans en limon.
Les résultats de l'analyse sont disponibles sous un délai de 3 semaines environ pour un coût de 40 à 65 Euros selon les éléments demandés.
Quels éléments demander ?
Pas besoin de la granulométrie dans l'Aisne. La carte des sols permet de s'en affranchir. Par contre, il faut préciser sur la fiche de renseignement les coordonnées Lambert (indiquées sur les cartes IGN) ou directement la texture du sol. Pour le reste tout dépend de ce que l'on cherche. Pour une analyse classique sur un sol ne présentant pas de disfonctionnement, les éléments suivants permettent un suivi minimum du sol en N, p, K, Mg, Ca, pH.
- Le pH : c'est un indicateur important pour évaluer l'état calcique du sol mais pas suffisant. On complète avec le calcium échangeable.
- La CEC : c'est la capacité d'échange cationique. Elle caractérise le sol sur sa capacité "garde-manger". Plus elle est élevée, plus le sol pourra retenir des éléments nutritifs et les mettre à disposition des cultures quand elles en ont besoin. Sur des CEC faibles, on favorisera des apports réguliers plutôt qu'un blocage des apports sur 3 ans pour éviter des risques de lessivage.
- Les teneurs en P2O5, K2O, MgO et CaO permettent d'estimer les réserves du sols et les quantités complémentaires à apporter en fonction des cultures à venir. Attention en phosphore, il existe différentes méthodes d'analyse, chaque méthode est valable pour peu qu'on utilise les normes d'interprétation adéquates mais on ne peut comparer deux analyses faites selon deux méthodes différentes : on ne dose pas la même chose.
Comment l'interpréter ?
Les normes d'interprétation sont légion. Dans tous les cas, le laboratoire qui analyse l'échantillon fournit une interprétation selon ses références et ses normes d'interprétation. On en dénombre 4 grands types :
- l'ancienne méthode des abaques. Le principe était de remonter chaque teneur de sol à une teneur idéale. En pratique cette méthode est abandonnée car les doses préconisées étaient très importantes au regard de ce qui était vraiment utilisable par les cultures.
- La méthode "CEC". Pour chaque élément existe un % de CEC minimal pour une bonne alimentation des plantes. Selon la mesure effectuée, on estime la dose à apporter.
- La méthode "COMIFER" pour P, K. Elle tient compte des teneurs des sols mais aussi du passé de fertilisation de l'exigence de la culture et du précédent. En effet, un apport qui n'est pas utilisé tout de suite perd en efficacité au cours du temps ; toutes les cultures n'ont pas la même exigence en P, K et Mg et les résidus du précédent comme les pailles ou les verts de betteraves sont riches en potasse assimilable pour la culture suivante.Ces références ont été remises à jour en 2007 et 2009.
- La méthode REGIFERT pour P, K. Elle dérive de la méthode COMIFER mais tient compte en plus de la capacité des sols à fixer les éléments nutritifs. Plus cette "fixation" est importante plus les éléments même présents en forte quantité auront du mal à être disponibles pour les cultures.
En pratique, il n'y a pas de bonne ou mauvaise méthode, mise à part la méthode des abaques qui est dépassée. Il faut avant tout travailler avec la même méthode sur le long terme pour avoir un véritable suivi des sols.
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