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En deux ans, l'agriculture de précision a pris une place considérable sinon dans les conduites culturales du moins dans les propositions des constructeurs de matériels agricoles. Chacun a entendu parlé de la fameuse carte de rendement qui localise dans la parcelle, les zones de fort, moyen et faible rendement. Et si nombreux sont ceux qui s'y intéressent, il n'existe à ce jour qu' une petite dizaine de machines équipées en Picardie. La question de fond demeure : l'agriculture de précision, à quoi ça sert ?
L'agriculture de précision : une nouveauté ?
Faire de l'agriculture de précision, c'est faire "la bonne intervention, au bon endroit et au bon moment". En bref, en apparence, rien de bien nouveau ! Pourtant les nouveaux moyens technologiques permettent aujourd'hui d'avoir une information précise, spacialisée et en temps réel au sein d'une même parcelle et ça c'est nouveau.
En clair, on va pouvoir connaître précisément l'hétérogénéité au sein d'une même parcelle pour de nombreux critères (variation de type de sol, de profondeur de sol, de rendement, de nutrition azotée…), grâce à différents capteurs.
Ne pas tenir compte de cette variabilité intraparcellaire, revient à adopter une conduite culturale homogène sur l'ensemble d'une parcelle correspondant aux caractéristiques moyennes ou les plus représentatives de la parcelle. C'est la pratique de loin la plus courante. On peut aussi considérer que les besoins de la culture seront différents du fait de cette variabilité et que la conduite culturale pourrait être modulée en conséquence au sein de la parcelle. C'est la conduite modulée qui se décline alors en trois étapes :
1- Je caractérise la variabilité de ma parcelle
2- Je prends une décision quant à l'attitude à adopter vis à vis de ces hétérogénéités
3- Je mets en œuvre ces décisions sur le terrain
L'intérêt de cette conduite modulée doit être double :
- améliorer le rendement en levant certains facteurs limitants dans les zones concernées
- réduire les charges et préserver l'environnement en limitant les intrants là où c'est possible et rentable.
- garder une traçabilité : recensement et justification des interventions dans le cadre d'un suivi de cahier des charges
Caractériser la variabilité d'une parcelle
La variabilité d'une parcelle peut prendre différentes formes :
- De nombreuses préconisations agronomiques sont basées sur les caractéristiques. La profondeur de sol, la nature et leur teneur en éléments fertilisants… servent par exemple aux préconisations de fumure P, K et azote.Dans l'Aisne la carte des sols aujourd'hui entièrement informatisée permet de connaître précisément les caractéristiques pédologiques au sein d'une parcelle. Pour connaître les teneurs en éléments fertilisants, les analyses de sol sont réalisées selon un maillage précis de la parcelle.
- La carte de rendement, fortement médiatisée permet de connaître la disparité du rendement une année donnée. Elle correspond en fait à une mesure de rendement en continu pendant la récolte couplée à un géopositionnement par un capteur GPS (voir encadré). Une carte de rendement est très dépendante des conditions pédo-climatiques, elle doit ainsi être répétée plusieurs années de suite pour donner une image du potentiel de rendement relativement fiable. C'est aussi un moyen de juger des résultats obtenus après une conduite modulée.
D'autres sources d'information existent mais restent plus difficiles, plus coûteuses, plus expérimentales, plus fastidieuses d'accès : la cartographie des mauvaises herbes, l'analyse d'images aériennes ou satellitaires. Certains capteurs sont encore à l'étude et pourraient permettre à terme de connaître la teneur en matière organique des sols (réflectométrie), les mauvaises herbes (réflexion d'un signal infrarouge)…
… pour moduler les applications
Une fois l'hétérogénéité de la parcelle caractérisée, il s'agit de comprendre d'une part son origine et de savoir dans quelle mesure elle va agir sur la conduite culturale. Par exemple, si ma carte de rendement m'indique une zone où le rendement est faible, je cherche d'abord l'origine : est-ce le sol, la préparation du sol, la teneur en éléments fertilisants P, K, la fertilisation azotée…
C'est sans aucun doute la partie la plus délicate, il faut avoir accumulé beaucoup de données et sur plusieurs années pour que le diagnostic soit fiable. Il ne s'agit plus ensuite qu'à préparer la préconisation en conséquence.
La préconisation peut être automatique et en temps réel. Par exemple, un capteur de mauvaises herbes installé sur un pulvérisateur entraîne le déclenchement des buses. Il n'y pas besoin de GPS ni de gestion d'information, tout dépend en fait de la précision du capteur.
La préconisation peut se faire aussi à l'aide de cartes de préconisation. C'est la pratique la plus puissante car elle permet de croiser un grand nombre d'informations. C'est aussi la plus fastidieuse car elle dépend de la fiabilité de chaque informations utilisée, de la qualité du traitement statistique qui en a été fait, et des modèles agronomiques qui ont été utilisés. Les différents matériels agricoles doivent alors être capables de lire et d'appliquer les cartes de préconisation. Différents matériels sont déjà proposés par les constructeurs : pulvérisateurs, épandeurs, irrigation…
Quel avenir pour l'agriculture de précision ?
Aujourd'hui, seules une dizaine d'exploitations agricoles sont équipées en Picardie et essentiellement avec des capteurs de rendement, ce qui limite encore la pratique réelle. Pour la majorité, néanmoins, c'est une pratique qui apparaît comme inéluctable à terme. Pour l'instant, il reste encore beaucoup à apprendre, le concept est encore en France, en phase d'étude et de mise au point. Pour se développer, l'agriculture de précision devra faire ses preuves et prouver qu'elle peut effectivement répondre à ses objectifs : intérêt financier et environnemental.
Dans ce cadre, les Chambres d'Agriculture de l'Aisne et de l'Oise, la Chambre régionale d'Agriculture de Picardie, l'ITCF et la coopérative NOREPI soutenus par le Conseil régional de Picardie ont lancé depuis 1998 un programme de suivi sur 3 ans de 3 parcelles (Chambry(02), Tavaux (02) et Catenoy (60)) pour étudier l'intérêt agronomique de cette nouvelle approche.
Le GPS : C'est quoi ?
Le Global Positionning System est un système constitué de 24 satellites en rotation permanente autour de terre. Il permet aux utilisateurs d'un récepteur d'obtenir leurs cordonnées quel que soit le lieu où ils se trouvent dans le monde, sur terre comme sur mer. Ce système appartient au ministère de la défense américaine qui introduit une dégradation volontaire du signal. La précision du GPS sans correction est ainsi d'environ 50 à 100 m. Pour obtenir une précision de l'ordre du mètre, on utilise une station de référence fixe dont les coordonnées sont connues qui calcule les corrections et qui les envoie aux récepteurs.
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