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La production d'oeufs alternatifs

La production d’œufs alternatifs: un débouché qui retient l’attention

Si les perspectives de marché comme la rentabilité sont encourageantes pour la production d’œufs alternatifs, il ne faut sous-estimer ni l’investissement, ni la charge de travail.
Ces derniers mois, de façon récurrente, productions d’œufs de plein air ou biologiques reviennent dans les conversations d’agriculteurs cherchant à diversifier leurs activités. Aujourd’hui, diversifier ses activités en poules pondeuses peut paraître risqué aux vues des crises traversées récemment par plusieurs productions hors-sol. Néanmoins, il semble y avoir une réelle opportunité à se lancer dans la production d’œufs alternatifs. Voici quelques éléments de réflexion.

Les œufs alternatifs sont tirés par le marché

La France demeure le premier producteur de l'Union Européenne avec une production estimée autour de 15 milliards d'œufs de consommation produits en 2008. Depuis la fin des années 80, afin de répondre à la demande des consommateurs français pour des œufs produits dans de nouveaux systèmes de production (accès des poules à des parcours extérieurs, production sous label rouge et production biologique), une part croissante des poules est élevée sous des modes d'élevages alternatifs soit, en 2008, 8,3 millions de pondeuses (18,7 % de l'effectif national).
La France est, depuis une dizaine d’années, importatrice nette d’œufs en coquille et exportatrice nette d’ovoproduits.
Avec 248 œufs consommés en 2007, selon les estimations de l'ITAVI, le français demeure l'un des plus gros consommateurs d'œufs de l'Union Européenne. Un tiers de la consommation d'œufs est constitué d'ovoproduits (pour les industries agroalimentaires, la restauration hors foyer…). Les deux tiers restants sont consommés en œufs coquilles dont la moitié sous forme d’œufs alternatifs.
Certains pays comme l’Allemagne, la Belgique, la Hollande et le Luxembourg ont d’ores et déjà interdit la vente d’œufs produits par des poules en cage.

Notre région se positionne sur la production d’œufs alternatifs

L’appel d’air que connaît actuellement notre région pour les filières d’œufs alternatifs s’explique en partie par une réglementation sur le bien-être des poules en cage. En effet, la densité dans les cages ayant baissé et les cages devant être aménagées, la rentabilité de ce type d’élevage s’est amoindrie…à moins de concentrer davantage encore ces élevages. La Bretagne s’est fortement positionnée sur ce marché, et c’est dans cette région qu’on trouve les organisations et les compétences pour l’élevage de poules en cage. En revanche, la production d’œufs alternatifs peut se faire dans des régions à moindre densité, telle que la nôtre. Il n’en reste pas moins que la concurrence existe notamment au sein de pays européens aux coûts de production inférieurs aux nôtres.
En fonction du type de bâtiment, l’amortissement sera plus ou moins lourd. Des possibilités, selon les groupes, existent pour réaménager un bâtiment existant. Dans le cas d’une construction, deux types de bâtiments existent. Le bâtiment à structure légère offre un compromis entre l’aménagement et le bâtiment à structure en dur. Le bâtiment à structure dure reste néanmoins le plus recherché. Il faut alors prévoir un investissement moyen de 36 € par poule en plein air et 45 € par poule en élevage biologique. L’écart entre ces montants s’explique selon le niveau d’automatisation recherché: ramassage des œufs, conditionnement mécanisé. On prévoit couramment un retour sur investissement de 12 ans.
Attenant au bâtiment, un parcours (4 m²/poule) est nécessaire. La densité des animaux dans le bâtiment varierade 18 poules/m² en plein air à 6 poules/m² pour la filière biologique. L’épandage des fientes se fera sur 55 ha pour un élevage de 20000 poules plein air et sur 7,4 ha pour un élevage de 3000 poules bio (sur des terres destinées à l’agriculture biologique exclusivement).

La rentabilité semble intéressante mais les besoins de trésorerie non négligeables

Selon que les œufs produits sont biologiques ou plein air, la marge ramenée à la poule est différente. Elle s’élève à 5€30/poule en plein air et 9€/poule en bio. Mais attention, en production biologique on ne peut pas dépasser 3000 poules par bâtiment. La marge précédemment citée prend en compte l’achat de la poulette, l’aliment consommé, les frais d’élevage (EDF, eau, vétérinaire, désinfection…). Il s’agit donc d’une marge brute à laquelle il convient de retrancher l’annuité liée à l’investissement pour obtenir une marge avant MSA et impôts. Cette marge ne prend pas en compte la vente possible de poules de réforme ou d’œufs au détail. Cette valorisation améliore sensiblement le revenu, encore faut-il avoir un bassin de consommation assez proche et une fibre commerciale.
Quant à la trésorerie, il ne faudra pas perdre de vue que les paiements des œufs se font à J+60 à partir du ramassage. En début de production, l’éleveur devra faire l’avance des poulettes et de l’aliment sur 60 jours avant d’enregistrer les premières rentrées d’argent. Il faudra compter un besoin de trésorerie minimum de 5 € par poule qui pourra aller jusqu’à 9 € en fonction du prix de l’aliment et de la poulette.
A noter que les filières qui assurent un prix de reprise indexé sur celui de l’aliment, font gage d’une certaine sécurité.

Le travail est quotidien et régulier dans les horaires

Le degré d’automatisation détermine le besoin en main-d’œuvre.1h à 1h¼ par millier de poules sont nécessaires lorsque ramassage et conditionnement sont manuels, 3h / 20 000 poules lorsque le ramassage est mécanisé. Ce travail est quotidien, exige de la régularité dans les horaires et une surveillance constante. Il faut prévoir également un pic d’activité lors du nettoyage et de la désinfection du bâtiment.
Le choix de devenir éleveur de volailles repose certes en partie sur la perspective des marchés, mais il est fondamental de raisonner sur l’exploitation plutôt que sur l’atelier: complémentarité entre ateliers, entre élevage et culture, autonomie énergétique de l’exploitation, etc…

La production d’œufs alternatifs a le vent en poupe

Les techniciens battent la campagne pour une diversification en œufs alternatifs. Si cette diversification mérite qu’on s’y arrête, les éleveurs devront s’attacher dans leur choix à la fiabilité de leurs débouchés. La Chambre d’Agriculture entretient des contacts avec certaines filières: la Société CDPO à Esternay (51), la Société ONE à Boffles (80), la Société Sodine à Saint Souplet (51) et la Société Cocorette à Arras (62).
Contactez la Chambre d’Agriculture peut vous éclairer dans vos choix d’investissement en poules pondeuses plein air ou biologique et vous accompagner dans les démarches administratives.

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