Massifs filtrants végétalisés.
Les massifs filtrants végétalisés (MFV) peuvent être utilisés en traitement tertiaire des filières d'épuration, ou en traitement secondaire-tertiaire pour de petites charges polluantes.
Le 24 janvier 2007, après une période d'étude par l'institut de l'élevage, le CEMAGREF, et les chambres d'agriculture, une nouvelle filière de traitement des eaux peu chargées à été validée: les massifs filtrants végétalisés (MFV).
Ils ne peuvent traiter qu'une charge journalière de moins de 15 Kg de DGO* (demande globale en oxygène) par jour. Ils sont donc utilisables directement après un filtre à paille ou un bassin tampon et de sédimentation si la charge est faible. Pour des charges plus importantes ils sont implantés comme traitement tertiaire après une lagune ou un filtre planté de roseaux avec recyclage.
Que peut-on traiter ?
Les massifs filtrants végétalisés (MFV) permettent de traiter :
- Les lixiviats (purin dilué des fumières découvertes)
- Les eaux brunes (aire d'exercice extérieure et aire de raclage découvertes des déjections).
- Les eaux blanches issues du lavage du matériel de traite et de fromagerie
- L'ensemble des eaux vertes (quais de traite et aire d'attente).
- Les effluents domestiques, après passage dans une fosse toutes eaux spécifique et sous réserve de l'accord des autorités compétentes.
Ils ne permettes pas de traiter :
- Le lisier (bouses de l'aire d'attente, raclage des aires d'exercice).
- Le purin de fumière couverte.
- Le lait non commercialisable et le lactosérum.
- Les jus de silo.
Un fonctionnement simple : ouvrez et fermez une vanne une fois par semaine
Cette filière permet de traiter la charge azotée et carbonée des effluents.
Les massifs filtrants végétalisés (MFV) permettent la nitrification de l'azote ammoniacal sur le premier mètre en profondeur d'un sol qui doit être assez perméable (limon- sableux), puis une dénitrification plus en profondeur avec des sols moins perméables (limons-moyens à argiles limoneuses).
Les MFV s'insèrent dans un ensemble d'une filière de traitement.
Si la charge à traiter est inférieure à 15 kg de DGO*/jour après traitement primaire, ils peuvent êtres utilisés directement après un filtre à paille ou un bassin tampon et de sédimentation.
Si la charge à traiter après traitement primaire est supérieure à 15 kg de DGO*/jour, ils sont utilisés en traitement tertiaire après une lagune ou un filtre planté de roseaux avec recyclage.
- Le traitement primaire est réalisé soit par un filtre à paille (FAP) si le dénivelé est suffisant, soit par un bassin tampon et de sédimentation (BTS). Le but de cette première étape est principalement de piéger les matières grossières, mais également de neutraliser le pH de l'effluent, de traiter partiellement l'effluent, de stocker les boues, et d'assurer un tampon hydraulique en cas de forte pluie (orage notamment). Vous pouvez vous référer à l'agriculteur de l'Aisne du 14/09/2007.
- Le traitement secondaire est nécessaire si la charge à traiter après traitement primaire est supérieure à 15 kg de DGO*/jour. Il est réalisé par 3 lagunes (voir l'agriculteur de l'Aisne du 28/09/2007) ou un filtre planté de roseaux à un étage avec recyclage (voir l'agriculteur de l'Aisne du 02/11/2007). Dans ce cas l'utilisation d'un MFV permet de réduire la surface épandue et le travail de l'éleveur.
- Le traitement tertiaire (ou secondaire si la charge est inférieure à 15kg de DGO*) est réalisé par 3 massifs filtrants végétalisés constitués d'une plantation de roseaux en pleine terre entourée d'une haie d'eucalyptus. Chacun des massifs est alimenté en alternance une semaine sur 3 par une pompe ou une chasse à auget. L'épuration de l'effluent est réalisée à 85% par le sol et à 15% par les végétaux. Les eucalyptus ont un feuillage persistant, ce qui évite contrairement au saule un apport de matière organique supplémentaire par le feuillage.
Contrainte d'implantation : un sol perméable en surface et imperméable en profondeur
- Le sol doit être perméable sur au moins un mètre de profondeur (1 à 4 m pour une efficacité maximale) afin de permettre une nitrification de l'azote sans accumulation d'eau, et imperméable en dessous pour assurer une dénitrification efficace. Les eucalyptus ne supportent pas la présence de calcaire actif, des pH supérieur à 7 et les situations hydromorphes. Une étude du sol par un agronome-pédologue est donc un préalable indispensable.
- Il ne doit pas y avoir de remontée de nappe phréatique.
- La filière de traitement doit être installée à proximité des bâtiments pour en faciliter la surveillance et la maintenance, et limiter la longueur de tuyaux.
- Evitez dans la mesure du possible la proximité d'arbres à feuilles caduques pour ne pas avoir une accumulation de feuilles sur les massifs.
- Les systèmes de traitement font partie des annexes des bâtiments d'élevage. A ce titre, ils doivent être implantés à distance réglementaire des tiers et des cours d'eau.
- Seul le BTS peut dans certains cas êtres générateurs d'odeurs.
Triangle des textures et perméabilité du sol
Exemple d'un sol avec 14% d'argile, 42% de limon, 42% de sable, donc de classe B, adapté comme sol de surface d'un MFV. Combinaisons des sols favorables à l'implantation de MFV.
Un entretien limité mais indispensable
- Une fois par semaine à jour fixe: alternez l'alimentation des MFV. Chaque massif est alimenté en effluents peu chargés une semaine sur trois.
- Au cours de la première année bien taluter les digues en fonction du développement des eucalyptus.
- Une à deux fois par an:
- Videz le BTS 2 fois par an ou curez le FAP (en fin d'été).
- Fauchez l'herbe des digues. Au bout de 2 à 3 ans de pousse des eucalyptus l'herbe poussera peu et l'entretien sera réduit.
- Fauchez (à 30 cm de hauteur) et enlevez les roseaux en fin d'hiver.
- Au bout de 5 à 6 ans, coupez chaque année un pied tout les cinq plants d'eucalyptus (rotation de 5 ans) à 15-20 cm de hauteur. Etêtez l'ensemble des eucalyptus à une hauteur de 3-5m pour éviter la prise au vent et leur déracinement. Le bois collecté pourra alors être utilisé en bois de chauffage.
- Au bout de 5 à 10 ans: un éclaircissage des roseaux semble nécessaire. Les rhizomes doivent êtres broyés avant épandage en saison sèche pour éviter leur prolifération.
Une réalisation des MFV assez simple
- Ils peuvent êtres réalisés entièrement en auto-construction.
- Trois massifs filtrants entourés de digues sont plantés de roseaux. Deux haies d'eucalyptus Gunnii résistants à un gel de –18°C bordent les massifs. Si les massifs sont placés en parallèle, ils sont séparés par des digues de 30 cm de haut plantées d'eucalyptus. S'ils sont positionnés en séries les digues intermédiaires ne font que 20 cm de haut et ne sont pas plantées.
- Une prairie borde les massifs, pour assurer une sécurité en cas de débordement.
- La taille des massifs est déterminée par la valeur la plus élevée entre l'apport maximum par m² et par jour d'effluent (20 litres/m²/jour pour un sol de classe B, et 7 litres/m²/jour pour un sol de classe C) et une charge à traiter maximale de 70 g de DGO/m²/jour.
- Cette valeur est divisée par trois pour obtenir la surface de chaque massif. La largeur utile des massifs est de 5m, pour une largeur totale avec les digues de 7m.
- Le volume de la bâchée doit assurer une hauteur de lame d'eau de 3 cm pour une bonne répartition de l'effluent. Celle ci peut être obtenue avec une pompe d'un débit minimum de 0,6m3/m² d'un massif/heure ou une chasse à auget si le dénivelé est suffisant. Dans les élevages ou il y a une période sans approvisionnement en effluents, le débit de pompe doit être supérieur afin de pouvoir alimenter les 3 massifs simultanément en eaux pluviales.
- Travail du sol: le terrain est labouré sur 20 à 40 cm de profondeur, sur au moins 7 m de large, sans semelle de labour, du centre vers l'extérieur pour former les digues. Puis un outil à dents ou à disques est passé sur les 7 m de large. Un godet ou un tractopelle permet de faire les digues périphériques de 1m de large et 30 cm de haut. Puis des diguettes de 20 cm de haut et de 0,5 à 1m de largeur sont réalisées pour séparer les 3 massifs. En cas de pente, ces diguettes sont réalisées et plantées de la même manière que la digue périphérique, et les massifs sont labourés perpendiculairement à la pente.
- Juste après le travail superficiel du sol (un second passage peut être nécessaire) paillez ou mettez des copeaux de bois blanc sur les 5m de large des massifs à raison de 3 à 5 kg par m² afin d'obtenir une épaisseur d'environ 10 cm. Cela évitera le développement des adventices.
- Puis immergez les plants de roseaux et d'eucalyptus dans de l'eau durant 15 minutes. Eliminez la motte si elle est en tourbe, puis plantez les plants en positionnant correctement le rhizome. Recouvrez de terre, tassez, arrosez et remettez de la paille au pied. Les eucalyptus doivent êtres protégés par une gaine à gibier et être munis d'au moins 3 tuteurs. Il est nécessaire la première année et en période sèche d'arroser ces derniers. Si vous ne pouvez pas les planter dès réception vous pouvez les mettres dans un tas de sable arrosé régulièrement pour les conserver.
- Les roseaux (phragmites communis ou phragmites australis) sont plantés à un mètre des berges, sur les 3 m de large restant (7 lignes séparées de 50 cm), à une profondeur de 10 cm. Sur chaque ligne les roseaux sont séparés de 28 à 40 cm (30 cm) pour obtenir une densité de 5 à 7 pieds/m².
- Les eucalyptus âgés de 2 à 4 mois (15 à 40 cm) sont plantés au milieu de la digue (à 1,5m de la première ligne de roseaux) et à 30 cm de profondeur. Les pieds sont séparés de 2 m de distance. Les plants d'eucalyptus sont des Eucalyptus gunnii résistant au gel (-18°C selon l'AFOCEL qui les produit). Néanmoins une incertitude demeure quand au risque de gel, l'effet du froid étant complexe et ne dépendant pas uniquement de la température minimale. Les eucalyptus peuvent êtres plantés en automne, ou au printemps pour limiter le risque de gel, et les roseaux au début du printemps avec la mise en charge des massifs. Il peut être nécessaire d'arroser les pieds d'eucalyptus le premier été. Il est nécessaire de protéger les jeunes plants d'eucalyptus en hiver contre le gel. Ils sont plus sensibles au froid les 2-3 premières années.
- Les digues sont ensemencées en herbe pour mieux fixer le sol.
- Trois vannes d'alimentation sont situés en sortie du poste de relevage ou au pied des massifs. Une canalisation de 50 à 100 mm de diamètre relie le dispositif d'approvisionnement aux 3 tuyaux d'épandage.
- Les tuyaux d'épandage sont en polyéthylène haute densité rigide ou semi-rigide, de 50 à 60 mm de diamètre. Chacun des 3 tuyaux est placé dans l'axe des massifs. Ils sont perforés tous les mètres de trous (de 4 à 8mm sur le 1° tiers, de 6 à 10mm sur le 2° tiers, et de 8 à 12 mm en bout de tuyau) diamétralement opposés, en quinconce. Les tuyaux sont fermés par un bouchon amovible. Un parpaing est positionné en amont des tuyaux pour les surélevés, et un petit trou est réalisé face au sol à l'autre extrémité juste avant le bouchon amovible. Ce dispositif en permet la vidange des tuyaux et limite le risque de gel.
- L'ensemble des MFV est clôturé pour éviter l'intrusion du bétail.
Si le MFV est utilisé en traitement tertiaire et que la profondeur de sol superficiel est insuffisante, il est possible de réaliser un tertre pour obtenir une profondeur de sol perméable de 1 m. La construction de ce tertre induit des règles spécifiques précises de réalisation des MFV.
Schéma de massifs filtrants végétalisés
Exemple de dimensionnement d'une filière
A titre indicatif, 3 situations vous sont présentées en zone moyennement pluvieuse (Vervins), avec une vidange de la fumière une fois par an.
| Descriptif de l'élevage
| 30 vaches laitières en semi-paillé. Accès auge raclé avec fumier mou à compact. Fumier de l'aire de couchage stocké au champ. Salle de traite épis 2 x 3, aire d'attente paillée. Fumière 124 m², aire de transfert de 40 m².
| 60 vaches laitières en semi-paillé. Accès auge raclé avec fumier mou à compact. Fumier de l'aire de couchage stocké au champ. Salle de traite épis 2 x 6. Fumière de 248 m² et aire de transfert de 40 m².
| 44 vaches laitières en logette avec 100% de fumier mou. Salle de traite épis 2 x 5. Fumière de 394 m² et aire de transfert de 144 m².
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| Taille du BTS (Bassin tampon et de sédimentation) ou du FAP (Filtre à paille) avec son stockage nécessaire.
| BTS : 16 m3 (4 x 2 x 2) Ou FAP : 70 m² (11 x 6,3 m extérieur) + 23 petites bottes de paille par an.
| BTS : 56 m3 (7 x 3,2 x 2,5) Ou FAP : 131 m² (18 x 7,3 m extérieur) + 37 grosses bottes de paille par an.
| BTS : 65 m3 (8 x 3,25x 2,5) Ou FAP : 144 m² (20 x 7,3 m extérieur) + 40 grosses bottes de paille par an.
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| Kg de DGO à traiter
| 4,1 Kg DGO
| 10,9 Kg DGO
| 14,8 Kg DGO
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| Taille de l'ensemble des Massifs Filtrants Végétalisés (Si le sol est de classe B)
| 58 m² utiles (7x16 m en série, ou 7 x 19m en parallèle)
| 155 m² utiles (7x 35 m en série, ou 12 x 19m en parallèle)
| 212 m² utiles (7x 46,3 m en série, ou 16,1 x 19m en parallèle)
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| Taille de l'ensemble des Massifs Filtrants Végétalisés (Si le sol est de classe C)
| 134 m² utiles (7x31 m en série, ou 11 x 19m en parallèle)
| 297 m² utiles (7x64 m en série, ou 22 x 19m en parallèle)
| 377 m² utiles (7x80 m en série, ou 27 x 19m en parallèle)
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| En cas de non-traitement : capacité de fosse nécessaire et volume à épandre annuellement.
| Fosse de 232 m3, et 335 m3 d'effluents à épandre.
| Fosse de 539 m3, et 785 m3 d'effluents à épandre.
| Fosse de 658 m3, et 922 m3 d'effluents à épandre.
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Ce type de filtre en traitement secondaire-tertiaire semble bien adapté pour les élevages de taille modérés. En cas d'agrandissement, avec une production après traitement primaire supérieure à 15Kg de DGO/jour, la réalisation de lagunes ou d'un filtre planté de roseaux avec recyclage sera indispensable. L'emprise de ce type de filière de traitement est assez conséquente lorsque le sol n'a pas une perméabilité optimale.
Conclusion:
Les massifs filtrants végétalisés (MFV) forment le dernier élément des deux ou trois constituants d'une filière de traitement des effluents peu chargés. Ils permettent de limiter considérablement la contrainte d'épandage. Ils nécessitent pour leurs réalisations d'un sol non calcaire perméable sur au moins un mètre de profondeur en surface, puis d'un sol imperméable en dessous. Pour éviter tout risque de colmatage, il est essentiel que le sol soit bien adapté, que le traitement primaire soit efficace, et qu'il n'y a aucun effluents concentrés dirigés vers cette filière.
MFV: des roseaux entourés d'eucalyptus et d'une prairie.
* DGO: Demande Globale en Oxygène. Elle correspond à la quantité d'oxygène nécessaire pour dégrader la matière organique et oxyder l'azote de l'effluent.
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