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Phyto-sanitaires et protection
Est-il compatible avec les objectifs de l'arrêté phytosanitaire ?L'arrêté phytosanitaire, le cadre réglementaire pour lutter contre les pollutions ponctuellesLe 12 septembre dernier, le ministre de l'agriculture a signé un arrêté qui va inciter les agriculteurs à mettre en œuvre de nouvelles règles pour la bonne utilisation des produits phytosanitaires. Des dispositions nouvelles pour lutter contre les pollutions ponctuelles sont définies dans cet arrêté : cela concerne entre d'autres mesures, le rinçage et le nettoyage du pulvérisateur au champ. Le principe général est de mettre en œuvre des procédures pour améliorer l'efficacité du rinçage au champ pour qu'un maximum de matières actives résiduelles en fin de traitement puisse être épandu au champ. Ainsi, les quantités contenues dans le pulvérisateur s'en trouvent diminuées et le potentiel "polluant" de ce fond de cuve réduit. L'arrêté prévoit que l'épandage sur la parcelle du fond de cuve dilué est possible une fois le traitement terminé si la cuve à eau claire peut contenir 5 fois le volume du fond de cuve. Même si cette opération est possible pour de nombreux pulvérisateurs ce n'est pas toujours suffisant si on veut vidanger au champ le fond de cuve résiduel après dilution et après épandage au champ. En effet, l'épandage n'est possible que si la concentration du fond de cuve résiduel est le 100ème de la concentration de la bouillie utilisée. Or, dans l'état actuel des choses, ou plutôt du parc matériel, il parait peu probable que cet objectif de concentration puisse être atteint facilement. En effet, pour un pulvérisateur qui a un fond de cuve (volume mort) de 40 litres, il faut pour déconcentrer au 100ème :
Il semble peu probable que l'épandage, même après un épandage bien fait, puisse être réalisé : le volume mort du pulvérisateur lié à la pompe et aux tuyauteries représente plus de 40 litres. D'autre part, les volumes des cuves de rinçage dépassent rarement 400 litres dans le meilleur des cas et les agriculteurs, surtout lorsqu'ils produisent de la betterave sucrière, des protéagineux et des oléagineux, craignent la présence de résidus d'herbicides qui représentent un vrai risque de toxicité, en particulier lorsqu'ils utilisent des sulfonylurées. Le rinçage devient donc une priorité qui ne se limite pas à la parcelle. C'est souvent à la ferme que cette opération est réalisée. L'aménagement du corps de ferme : luxe ou nécessitéLa simple dalle de béton qui servait au remplissage devient alors une aire de lavage sur laquelle on va devoir collecter les eaux de lavage pour les traiter. Car, n'oublions pas, les eaux de lavage du pulvérisateur, même faiblement concentrées, représentent une source de pollution ponctuelle importante si elles sont rejetées dans le milieu naturel. Ces eaux peuvent dorénavant être stockées avant d'être traitées par des procédés biologiques, chimiques ou physiques ou être envoyées directement dans une installation de traitement située près de l'aire de lavage. Cette exigence rend nécessaire une réorganisation des installations. Il faut donc dimensionner l'aire de remplissage en fonction de la taille et du poids du matériel, prévoir le système de séparation des eaux chargées en phytosanitaires et des eaux pluviales, concevoir un stockage ou un dispositif de traitement des eaux chargées adapté aux pratiques de nettoyage du pulvérisateur de l'exploitation. Il y a donc aussi toute une réflexion à conduire pour que ces aménagements, en plus de leur fonction, amènent un plus à l'agriculteur (confort, efficacité du travail …). Mais tout cela ne doit pas justifier des "insuffisances" au champ. Au contraire : l'adoption d'une procédure de rinçage-épandage au champ va conditionner la taille, l'efficacité et le coût des aménagements nécessaires sur l'aire de lavage. Ainsi, on s'aperçoit qu'une hiérarchie risque rapidement de se mettre en place entre les différents pulvérisateurs présents sur le marché : le volume du fond de cuve, le volume d'eau de lavage et la facilité de mettre en œuvre les cycles de rinçage-épandage vont orienter davantage les choix des agriculteurs. La signature de cet arrêté faisait craindre la mise en place de l'obligation de réaliser des équipements de traitement des eaux de rinçage et de lavage des pulvérisateurs. Sans aucun doute, cela va contribuer à décider certains à sécuriser l'aire de remplissage et l'ensemble des installations phytosanitaires. Mais c'est peut être sur le pulvérisateur que l'on risque de voir le plus d'innovations. Les exigences de l'arrêté du 12 septembre vont montrer rapidement les limites de certains appareils et les performances d'autres. L'installation de "kits" sur les modèles les plus anciens va se développer et les modèles non ou mal équipés seront moins attractifs. Désormais, les diagnostics et les conseils autour des "postes phytosanitaires" (local de stockage, aire de remplissage, procédé de traitement des effluents) ne peuvent plus se satisfaire d'analyser et de proposer des solutions et des projets dans le corps de ferme. La prise en compte du pulvérisateur, de ses caractéristiques, de son fonctionnement, de ses capacités potentielles non exploitées ou non maîtrisées est incontournable si l'on veut comprendre et proposer. Il faut désormais reposer les pièces de l'échiquier et élargir la problématique au-delà du corps de ferme : le pulvérisateur, son utilisation et son utilisateur sont à considérer dans une démarche globale de gestion des risques phytosanitaires. Même si on sait que toutes les machines ne présentent pas toutes les caractéristiques suffisantes, elles peuvent être considérées comme des installations dont la bonne utilisation contribue à réduire les risques au champ et dans l'exploitation.
Des agriculteurs ont, depuis des années, modifiés et adaptés leurs pratiques au champ, mais aussi créés des installations sécurisées avant même que la réglementation ne le permette (!). L'arrêté phytosanitaire, dans ses objectifs, valide et conforte ces initiatives. Espérons que le temps nécessaire sera laissé pour que chacun puisse construire son projet à la hauteur de ses moyens et de ses priorités. Tout cela ne se fera pas sans l'émergence dans chaque exploitation d'un projet adapté et réfléchi.
Alain TOURNIER "L'arrêté va-t-il privilégier la mise en place d'installations dans le corps de ferme ou l'amélioration du parc de pulvérisation?" Voir également :
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