Les terres agricoles de l’Aisne subissent régulièrement une érosion des sols qui peut parfois revêtir un caractère catastrophique, notamment lors des orages printaniers et estivaux.
Mais la plupart du temps, ce phénomène d’érosion des sols peut passer inaperçu car il se manifeste de façon moins spectaculaire. Il n’en demeure pas moins présent.
Un phénomène à l’échelle du bassin-versant
Lorsque l’on traite de ruissellement et d’érosion des sols, on raisonne toujours en terme de bassin-versant puisque c’est dans cette unité spatiale que se développe ce phénomène. Le bassin versant est la partie du terroir qui reçoit les eaux de pluie et les concentre dans un fond unique. Il se compose de deux unités géographiques distinctes :
- l’une occupe la plus grande partie du terroir, appelée zone d’alimentation en eau. Comme elle recouvre le plus de surface, elle reçoit le plus d’eau. Il s’agit des secteurs situés sur les points les plus hauts (plateaux…)
- l’autre correspond à la zone de concentration des eaux. C’est dans les fonds secs, appelés talwegs, et les vallées que confluent toutes les eaux émises par l’ensemble du terroir ou ruisselant sur celui-ci.
Le processus d’érosion des sols
L’érosion des sols consiste en un détachement et un transport des particules du sol sous l’action en général combinée de la pluie et du ruissellement. Si le détachement par rejaillissement sous l’impact des gouttes de pluie (splash) et la capacité du transport sont faibles, alors l’ablation du sol est limitée puisqu’il y a formation progressive d’une croûte de battance en surface. Lorsque le ruissellement se concentre, des griffures, rigoles et ravines apparaissent. Il s’agit de forme d’érosion se combinant dans le temps et dans l’espace. Elles sont liées aux processus de formation du ruissellement, de détachement et de transport des particules, ce qui explique l’intervention dans ce phénomène de la pluie, du sol, du relief et de la couverture végétale.
Les différentes formes d’érosion observées
Les différents types d’érosion se distinguent par le caractère diffus ou concentré du ruissellement et l’agent d’arrachement des particules solides : les gouttes de pluie ou le ruissellement lui-même.
Le type d’érosion le plus discret est l’érosion diffuse. L’arrachement des particules solides se fait uniquement sous l’action des gouttes de pluie frappant le sol, particules prises en charge par un ruissellement diffus. Le caractère diffus de ce type d’érosion ne doit pas être sous-estimé car il touche l’ensemble de la surface, ce qui peut représenter un volume de terre très important. Il faut savoir que 1 mm de terre arrachée représente par hectare 10 m3.
Le ruissellement initialement diffus peut à son tour arracher des particules solides lorsque sa vitesse augmente, généralement dans les zones à plus forte pente. Il se forme alors des rigoles parallèles de petites dimensions mais à forte densité. On parle alors d’érosion en rigoles parallèles.
Plus en aval, s’observe. lorsque le ruissellement se concentre dans un collecteur, son énergie augmente : des incisions plus grandes se mettent en place. On parle alors d’érosion concentrée (ravines). La combinaison entre l’arrachement et le transport permet de distinguer ces 3 principaux types d’érosion décrits dans le tableau ci-dessous.
| Type d’érosion
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Processus d’arrachement
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Processus de transport
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Localisation
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Formes observées
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| érosion diffuse
| impact des gouttes de pluie
| ruissellement diffus
| versants
| griffures
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| érosion en rigoles parallèles
| impact des gouttes de pluie et ruissellement diffus
| ruissellement diffus
| versants à plus fortes pentes
| rigoles
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| érosion concentrée
| ruissellement concentré
| ruissellement concentré
| fonds de vallons
| ravines
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Les différents types d’érosion des sols observés sur les terres de grandes cultures.
Les marques d’incision sont la trace la plus visible du processus d’érosion des sols, mais elles ne sont pas les seules. Les marques d’accumulation de sédiments traduisent, elles aussi, un processus érosif intense qui inscrit sa griffe dans le paysage agricole.
Jusque là, les particules du sol sont transportées par ruissellement diffus ou concentré. Lorsqu’il ralentit, sa compétence de transport diminue et une partie de la charge est déposée, d’où la constitution d’un dépôt de terre. La perte de vitesse est, entre autre, due à une diminution de pente ( de type replat), ou simplement à une pente douce. On les observe donc le plus souvent en bordure de parcelles ou de chemin. Ces marques de dépôt de sédiments sont qualifiées de nappes lorsqu’elles sont d’ordre métrique à décamétrique et de glacis d’accumulation lorsque l’échelle est supérieure à décamétrique.
Les incidences pour l’agriculteur
L’érosion des sols s’accompagne de différentes nuisances, de gravité variable mais toujours contraignante pour l’agriculteur.
L’érosion diffuse, qui touche principalement les parcelles récemment semées en culture de printemps, peut compromettre la levée de la culture par la formation d’une croûte de battance, créant un obstacle à la levée.
Plus grave, l’érosion en rigoles parallèles conduit à l’arrachement des jeunes plantules.
En aval des zones d’érosion, les plantules peuvent être entièrement recouvertes et détruites par des dépôts de terre issus du ralentissement du ruissellement. Quant aux incisions présentes dans les champs cultivés, résultantes d’un ruissellement concentré, la gêne occasionnée concerne surtout les opérations culturales, en particulier lorsque les ravines sont devenues infranchissables, ou presque, pour les engins agricoles.
Et toujours une perte de terres fertiles
Selon l’intensité d’un épisode pluvieux donné, un des types d’érosion évoqué va se déclencher. Pour une même quantité de terre arrachée, les symptômes d’érosion seront plus ou moins perceptibles, passant généralement inaperçus pour une érosion diffuse car affectant une grande surface, et facilement observables lors d’une érosion concentrée. Qui se souvient d’une parcelle touchée par l’érosion diffuse alors que l’on oublie rarement les casses de machines dues à une chute dans une ravine ?
Pourtant, l’érosion diffuse ainsi que l’érosion en rigoles parallèles ont un impact beaucoup plus important sur la perte de fertilité des sols car elles décapent l’horizon de surface généralement riche en éléments fertiles, et ce, sur l’ensemble du versant. A l’inverse, les ravines et les incisions de talus, très spectaculaires, n’affectent pas le potentiel de fertilité des versants. C’est donc avant tout pour préserver la fertilité de leurs sols, principal outil de travail, que les agriculteurs se doivent d’intervenir pour limiter ce processus de ruissellement et d’érosion des sols.
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