Rien de nouveau sous le soleil, les cultures intermédiaires sont de formidables pièges à nitrates pendant l'interculture.
Cette technique est ainsi devenu en une petite dizaine d'année une solution largement plébiscitée par les l'ensemble des outils administratifs : CTE, contrats ruraux, directive nitrates....
Mais qui dit piège à nitrates dit aussi libération des nitrates piégés à plus ou moins long terme.
L'équilibre entre le piège et la libération de l'azote se fait au moment de la destruction. Pas trop tôt pour piéger suffisamment, pas trop tard pour libérer les nitrates à temps pour la culture suivante…
Les culture intermédiaire, des pompes à nitrates
L'interculture reste la période la plus délicate pour gérer les pertes de nitrates dans les eaux. Le sol à l'automne continue de minéraliser libérant des nitrates qui sans cultures pour les absorber rejoignent les nappes ou les cours d'eau. En cas d'apport de fumier, lisier ou vinasses, la situation s'amplifie. Les cultures intermédiaires sont alors des pièges à nitrates performants en l'interculture. Selon les espèces et les situations, elles peuvent piéger jusqu'à 150 unités d'azote et plus.
Une partie de l'azote absorbé par la culture intermédiaire est disponible pour la culture suivante.
L'autre partie rejoint le pool d'azote organique du sol et va minéraliser sur plusieurs années. Contrairement à ce qu'on a pensé pendant plusieurs années, les cultures intermédiaires ont une meilleure efficacité sur le lessivage des nitrates qu'une sous fertilisation volontaire des cultures. Les simulations menées sur le plateau de Bruyères et Montbérault au sud de Laon par l’INRA de Laon sont très claires: sur les 145 ha cultivés du plateau, la gestion de fertilisation azotée au plus juste entraîne une concentration de la lame d’eau drainante de l’ordre de 81 mg/l, si on ajoute la pratique des cultures intermédiaires pendant les intercultures longues, elle est de 56 mg/l et enfin, si on réduit en plus la fertilisation azotée de 20%, la concentration de la lame d’eau drainante est de l’ordre de 53 mg/l. Les résultats de l’essai de Thibie dans la Marne, vont dans le même sens.L’effet de la réduction azotée est marginal par rapport à l’effet des cultures intermédiaires. Attention, cela ne signifie pas que la surfertilisation n’a pas d’effet mais bien que la sous fertilisation ne se justifie pas.
Seul 10 à 30% de l'azote est libéré pour la culture suivante
La partie de l'azote libéré et utilisable par la culture suivante représente moins d'un tiers de l'azote piégé par la culture intermédiaire : entre 10 et 30%. Cet azote est libéré en deux phases, Une phase rapide dans les deux mois qui suivent la destruction et l'incorporation au sol : elle correspond à plus de 50 % de l'azote libéré. Plus la culture intermédiaire est riche en azote, plus elle a piégé d'azote, plus l'azote libéré dans cette première phase sera importante. Le reste de l'azote est libéré plus lentement dans les mois qui suivent.
Sur 60 unités d'azote piégé en moyenne par une culture intermédiaire de type crucifère, seules 20 unités sont ainsi disponibles pour la culture suivante. Au cours de sa décomposition, les résidus de culture intermédiaire sont assimilés par la microflore du sol (2/3 de l'azote piégé environ). Cet azote est lentement minéralisé dans les années suivantes. Si l'implantation des cultures intermédiaires devient une pratique systématique au moins dans les intercultures longue, la minéralisation du sol devrait donc augmenter. Ceci devrait conduire à moyen terme à une réduction de la fertilisation azotée des cultures.Pour éviter d'introduire trop d'azote organique dans le sol, et donc d'augmenter trop fortement la minéralisation du sol, les productions de cultures intermédiaires doivent rester modérées : moins de 3 tonnes de matières sèches/ha. Les apports d'engrais azotés sur cultures intermédiaires sont inutiles.
Tenir compte de l'azote libéré
Dans la méthode des bilans, telle qu'elle est utilisée dans le logiciel AZOBIL, l'azote libéré par la culture intermédiaire est pris en compte de deux manières. L'azote libéré très rapidement est déjà mesuré dans le reliquat sortie hiver. L'azote libéré dans les mois suivants est pris en compte comme un effet culture intermédiaire. Pour les cultures intermédiaires détruites tôt (avant décembre), l'effet CI représente 5 à 20 unités d'azote selon l'espèce pour une production de 2 tonnes de matières sèches en moyenne. La majorité de l'azote minéralisable par la culture intermédiaire est déjà comptabilisé dans le reliquat sortie hiver. Pour des cultures intermédiaires détruites tard (après décembre), on considère que celles-ci n'ont pas encore minéralisé. L'effet CI sera donc plus important.
Les différences de minéralisation entre espèces sont dues à leur composition biochimique.
Par ailleurs, dans les exploitations, ayant systématiquement recours aux cultures intermédiaires au moins pendant les intercultures longues, des effets importants sur la minéralisation du sol sont à supposer. Des essais sont d'ailleurs en cours pour essayer de mieux estimer l'effet sur le long terme. Libération d'azote par les cultures intermédiaires en kg/ha, disponible pour la culture suivante (en plus des quantités déjà disponibles dans le reliquat d'azote mesuré en sortie d'hiver)
Source : AZOBIL, INRA de Laon, octobre 1997
| Date d'enfouissement
| Espèce
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< 1 t
de MS/ha
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1 à 3 t
de MS/ha
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> 3 t
de MS/ha
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| Avant le 1er décembre
| Crucifères et Phacélie
| 10
| 15
| 20
|
| Graminées
| 5
| 10
| 15
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| Après le 1er décembre
| Crucifères et Phacélie
| 10
| 15
| 25
|
| Graminées
| 10
| 15
| 20
|
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