Usaa Chambre d'Agriculture
Cultures intermédiaires

Intercultures, végétaux, technique...

Environnement

Destruction des cultures intermédiaires : ce qu'il faut savoir !

La destruction des cultures intermédiaires reste la partie délicate de la conduite.

Les contraintes environnementales poussent à une destruction la plus tardive possible alors que les contraintes agronomiques poussent dans certains cas à une destruction précoce.

Les compromis sont sauf conditions particulière possibles à condition de respecter quelques règles de base.

La destruction peut demarrer dès le début de la floraison : vrai

"théoriquement" et parfois faux réglementairement
Le rôle "piège à nitrates" d'une culture intermédiaire se termine en général lorsqu'elle a atteint une production de matières sèches de deux tonnes à deux tonnes et demie (racines principales comprises), ou dès la floraison pour les crucifères. A partir de ce moment-là, il est inutile de la laisser poursuivre plus longtemps sa végétation car ce temps de présence supplémentaire pourrait avoir des conséquences négatives sur le développement de la culture suivante. Même si la culture intermédiaire ne se développe plus, elle continue de pomper de l'eau. Un maintien trop long de la culture intermédiaire risque d'entamer les réserves en eau du sol et concurrencer dans certaines conditions la culture suivante. Par ailleurs, si la destruction est trop tardive, la plante se lignifie ce qui rend sa décomposition plus difficile. Il risque d'y avoir concurrence entre l'implantation de la culture en place et la décomposition de la culture intermédiaire dans le sol.
Mais attention, dans le cas de cultures intermédiaires "obligatoires" (Fientes de volailles, lisiers de porcs épandus à l'automne ou fumiers, vinasses de sucreries, lisiers pailleux épandus avant le 1er septembre), la date de destruction est fixe et ne dépend pas de l'état de développement de la culture intermédiaire.

En règle générale, la date de destruction est fixée au 15 novembre mais si la culture intermédiaire a été implantée avant le 25 août, la destruction peut intervenir au 1er novembre (Voir Directive Nitrates).

Par ailleurs, pour les cultures intermédiaires contractualisées dans le cadre d'un CTE, la destruction ne peut pas avoir lieu avant le 15 novembre quelque soit la date d'implantation de la culture intermédiaire.

L'enfouissement direct au labour est la meilleur solution : pas toujours

moutarde_fleur

Pour les cultures intermédiaires d'un développement modéré, la destruction se réalise le plus souvent par enfouissement direct au labour si celui-ci a lieu avant l'hiver. Le broyage mécanique peut être utile pour des crucifères développées ; la destruction chimique trouve éventuellement un intérêt dans la destruction de graminées en vue d'un labour tardif. Le travail du sol pour réaliser une pré-incorporation avant le labour est peu pratiqué ; dans tous les cas, cette intervention mécanique ne sera effectuée que juste avant le labour.Dans l'Aisne, plus de 80% des surfaces sont implantées en moutarde. Si la moutarde ne dépasse pas 30 à 40 cm de hauteur, un enfouissement homogène entre des bandes de labour dressées permet une bonne décomposition.

C'est le risque de repousse par repiquage qui pourra entraîner un broyage avant le labour. Une ensileuse à fléau suffira en réalisant un hachage assez grossier ; attention au broyage trop fin qui, localisé en fond de raie, peut entraîner la formation de gley. L'effeuilleuse à betterave est parfois utilisée.

Détruire chimiquement permet de lutter contre le chiendent : VRAI

Si le labour a lieu en janvier ou février, il est souvent inutile de réaliser un broyage d'avance sur une moutarde non fleurie ou en début de floraison car le gel peut éventuellement la détruire à moindre coût ou au moins stopper la végétation. Par contre, un broyage ou une destruction chimique interviendra sur une crucifère dès la pleine floraison si le moment du labour n'est pas encore arrivé. Pour des graminées, seigle ou ray-grass, semés en août, un enfouissement direct peut suffire lorsque le labour est prévu de fin novembre à début janvier. Lorsque le labour est tardif, surtout s'il a lieu au moment du semis, la destruction chimique s'impose et doit intervenir au plus tard fin décembre. Un produit à base de glyphosate ou de sulfosate assurera une destruction lente des graminées ; elles resteront en place et pourront protéger les sols fragiles jusqu'au labour, même si celui-ci a lieu au moment du semis.

Une destruction chimique, réalisée avec des produits à base de glyphosate ou sulfosate formulés à cet effet, en octobre novembre, voir décembre, peut assurer un contrôle du chiendent. En effet, si la pratique des cultures intermédiaires a la réputation de limiter les possibilités de lutte contre le chiendent, la destruction des deux ensemble est possible, surtout s'il s'agit de seigle ou de ray-grass.Dans ce cas, plusieurs conditions sont à réunir :

  • intervenir sur un chiendent assez développé, en période de temps relativement doux (absence de gel nocturne),
  • intervenir sur un feuillage relativement sec, en l'absence de givre, avec un délai de 6 heures sans pluie,
  • utiliser un produit à base de glyphosate ou sulfosate formulé à cet effet et aux doses normales.Cet objectif chiendent doit être abandonné dès qu'une période de gel intense aura entraîné la prise en masse du sol sur l'épaisseur de la couche labourée. La destruction du chiendent peut éventuellement se prolonger jusqu'en décembre.

Modalités de destruction préconisées :

  Destruction mécanique Destruction chimique*
Seigle

Labour direct si seigle<15-20 cm

sinon broyage obligatoire

550 g/ha de glyphosate

si faible développement,

700 g/ha si développement important

Moutarde

Le gel peu suffire si développement faible,

au delà broyage obligatoire

750 g/ha de glyphosate

pour un développement important

Phacélie Broyage

550 g/ha de glyphosate

pour un développement important

*Efficacité 10 à 15 jours après application pour le glyphosate. Les températures doivent se maintenir au dessus de 10°C. L'application doit se faire sur végétation "poussante". Une pluie moins de 6h après l'application peut limiter l'efficacité.

Moins d'un tiers de l'azote piégé par la culture intermédiaire est disponible pour la culture suivante : Vrai

Les cultures intermédiaires sont des pièges à nitrates performants en l'interculture. Selon les espèces et les situations, elles peuvent piéger jusqu'à 150 unités d'azote et plus. Une partie de l'azote absorbé par la culture intermédiaire est disponible pour la culture suivante. L'autre partie rejoint le pool d'azote organique du sol et va minéraliser sur plusieurs années.La partie de l'azote libéré et utilisable par la culture suivante représente moins d'un tiers de l'azote piégé par la culture intermédiaire : entre 10 et 30%. Cet azote est libéré en deux phases, Une phase rapide dans les deux mois qui suivent la destruction et l'incorporation au sol : elle correspond à plus de 50 % de l'azote libéré. Plus la culture intermédiaire est riche en azote, plus elle a piégé d'azote, plus l'azote libéré dans cette première phase sera importante. Le reste de l'azote est libéré plus lentement dans les mois qui suivent. Sur 60 unités d'azote piégé en moyenne par une culture intermédiaire de type crucifère, seules 20 unités sont ainsi disponibles pour la culture suivante.

Au cours de sa décomposition, les résidus de culture intermédiaire sont assimilés par la microflore du sol (2/3 de l'azote piégé environ).

Cet azote est lentement minéralisé dans les années suivantes. Si l'implantation des cultures intermédiaires devient une pratique systématique au moins dans les intercultures longue, la minéralisation du sol devrait donc augmenter.

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