Usaa Chambre d'Agriculture
Grandes surfaces
Publications agricoles

Grande distribution : mode d'emploi

La grande distribution représente 80% du commerce de détail.  Son univers et ses règles de fonctionnement son mal connus, alors que  son impact sur les entreprises agro-alimentaires et les producteurs est  de plus en plus important.

Des idées commerciales audacieuses

Remontons le temps…Paris…1852.

A cette époque le commerçant voyait le  client comme un « pigeon » qu’il fallait plumer. Par exemple, les prix  n’étaient pas affichés et se fixaient à la tête du client. C’est alors  que Boucicaut révolutionna les règles du commerce. " Chez Boucicaut le  prix est marqué en clair sur toutes les étiquettes " " Chez Boucicaut on  livre à domicile aussi loin qu’un cheval peut aller dans Paris " ; "  Chez Boucicaut, on vend sur catalogue " ; " Chez Boucicaut on expédie  gratuitement par chemin de fer toute commande supérieure à 25 francs " ; " Ici on reprend tout ce qui a cessé de plaire " ; Gérer les stocks,  inventer les soldes, imaginer le " mois du blanc " …l’homme a le talent  d’un précurseur. Il ne cherche pas à maximiser la marge sur chaque  article mais sur le volume vendu.

Dans son magasin " Le Bon Marché ", on  trouve en un même lieu des produits complémentaires et mis en situation  :

un client ne peut aller droit sur un produit sans être tenté par un  autre. C’était le début du merchandising tel qu’on le pratique encore  aujourd’hui.

C’est en 1963 que fut créé le premier hypermarché.

Puis  progressivement des services sont apparus : grand choix de produits,  paiement par carte bancaire, service " satisfait ou remboursé ". Pour  financer ce développement des services, l’hypermarché margea de plus en  plus, ce qui laissa la place, en 1988, à une nouvelle forme de vente : le hard discount. Leur succès repose sur les prix bas qu’ils pratiquent  car ils réduisent les coûts au minimum. La variable prix est  prépondérante dans le choix du consommateur.  

Sans la sécurité des  marges arrières la grande distribution doit réduire ses coûts.

La  grande distribution doit s’adapter à une évolution réglementaire : la  réforme de la loi Galland (voir encadré).

Cette réforme vise à  rééquilibrer les pratiques commerciales et suppose une meilleure  rentabilité de la grande distribution.

Pour cela elle peut jouer sur 2  leviers : tirer sur les prix d’achat de ses fournisseurs et diminuer le  coût d’exploitation des magasins.

De nouveaux concepts de magasins sont  ainsi testés : choix des produits réduit au minimum, pas  d’investissement dans la présentation, etc…Dans la même logique, la  distribution cherche à se concentrer de plus en plus pour faire du  volume et donc pour baisser les coûts d’achat. Ces évolutions  s’inscrivent dans un contexte ou l’alimentaire devient une variable  d’ajustement dans le budget du consommateur. Il y consacre 16% de son  budget, tandis que la génération de ses parents y consacrait 32%. Ceci  au bénéfice des dépenses " subies " (impôt, prix du gasoil,  remboursement des annuités ou location…) et des dépenses pour les  loisirs.

Le consommateur s’orientera donc toujours vers le prix le plus  bas, à moins de lui donner de bonnes raisons, simples à comprendre, de  mettre plus cher dans un produit. Dans le choix du consommateur, la  variable prix est prépondérante mais sans être exclusive. C’est ici  qu’intervient le marketing.

La marque permet de s’émanciper dans le  rapport fournisseur - distributeur

Différents facteurs jouent dans le  rapport de force de la relation founisseur-distributeur. Il y a ceux  sur lesquels la filière avicole (et toutes les filières en générale) ne  peut pas jouer. Il s’agit du contexte économique (selon que l’on soit en  phase de pénurie tel qu’on l’était après-guerre ou en phase de  surcapacité industrielle tel qu’on l’est aujourd’hui, le rapport de  force n’est pas le même), du partage de la valeur ajoutée, et de sa  position sur la chaîne alimentaire (plus on est proche du consommateur  dans la chaîne alimentaire plus on a de pouvoir).

Par contre il y a  trois facteurs sur lesquels la filière avicole pourrait jouer.

D’une  part, il s’agit de maîtriser les quantités afin de n’être ni en sous ni  en surproduction. D’autre part, face à une distribution concentrée, il  faut une mise en marché encore plus concentrée. Autrement dit, il s’agit  de limiter le nombre d’opérateurs qui mettent le produit en marché. On  touche ici à la question de l’organisation de la filière avicole. Enfin,  la marque permet de s’émanciper dans le rapport fournisseur -  distributeur. Le consommateur va demander au distributeur la marque dont  le fournisseur a venté les mérites. Quand on n’a plus le rempart  réglementaire, la marque reste le seul rempart face aux importations. En  effet la marque fournit un repère au consommateur. Elle permet  d’associer une image à un produit. C’est souvent elle qui donne au  consommateur une raison de mettre plus cher dans un produit.

En quarante ans, la grande distribution a créé  en France un secteur à la puissance économique considérable.

Un  véritable rapport de force s’est établit dans la relation  producteur-distributeur.

La réforme de la loi Galland reconnecte le  revenu de la grande distribution de sa compétitivité

Ce que dit la loi Galland

La loi Galland interdit la  revente à perte. Avec cette loi, les grandes surfaces ne peuvent donc  plus revendre en dessous du prix " officiel " facturé par le fabriquant.  La revente à perte est envisageable pour les grands distributeurs, dans  la mesure où se met en place un processus de " marges arrière ". On  nomme ainsi le prix que facture une grande surface à ses fabricants pour  les services rendus, comme les campagnes d'affichage, distribution de  prospectus, mise en valeur du produit en tête de gondole... Le fabricant  vend ses produits aux hypermarchés à un prix officiel. Mais, ce même  fabricant doit rembourser une partie de la somme perçue par ses ventes  au même hypermarché, afin de payer les services rendus.

Avec la loi  Galland, les grandes surfaces ne peuvent plus revendre en dessous du  prix d’achat officiel et perdent également la possibilité de répercuter  les marges arrière sur le prix du produit exposé en magasins.

Les «  marges arrière » vont donc directement dans les caisses des enseignes !  Depuis plusieurs années, cette pratique connaît une véritable dérive,  atteignant en moyenne 35 % du prix d’achat, cas unique en Europe. Dès  lors, les prix flambent, car les fournisseurs augmentent leurs propres  prix pour pouvoir payer les « marges arrière ». Et à leur tour, les  distributeurs répercutent ces hausses pour éviter la vente à perte.

Ce  qui change avec la réforme de la loi Galland

La réforme de la loi Galland  reconnecte le revenu de la grande distribution de sa compétitivité.  Effective depuis le 1er janvier 2006, elle autorise la grande  distribution à répercuter les « marges arrière » sur le prix facturé au  consommateur. En effet, la notion de revente à perte n’est pas supprimée  mais son seuil est redéfini. Il est ramené au niveau du prix dit «  triple net »: net de ristourne, net de rabais et net de « marges arrière  ». Perdant ainsi la garantie de ses marges, la grande distribution doit  augmenter sa rentabilité.

Retour à : Grandes surfaces
Contacts
Maison de l’agriculture de l’Aisne - 1 rue René Blondelle - 02007 Laon - Picardie - Tél - 03 23 22 50 50