Usaa Chambre d'Agriculture
Discours et interviews
Publications agricoles

Interview de Xavier Beulin Energie et chimie vertes

Un atout pour la France, une perspective pour les agriculteurs !

Xavier Beulin, vous avez présenté en  mars 2006 au Congrès de la FNSEA un rapport consacré aux débouchés non  alimentaires. Assiste-t-on à l'ouverture d'une nouvelle ère pour  l'agriculture?

Pour moi, ce rapport d'orientation a bien montré que  l'on se trouve à un tournant: les valorisations non alimentaires vont  constituer une part croissante des débouchés de la production agricole  au cours des prochaines années. Dans le contexte énergétique tendu que  nous connaissons, et avec la montée des préoccupations  environnementales, liées notamment à l'accélération du changement  climatique, l'agriculture est et sera de plus en plus mise à  contribution. Face à cette situation, la FNSEA et les JA, prouvant une  nouvelle fois qu'ils travaillent pour les agriculteurs de façon  constructive, ont proposé de nouvelles pistes et ont fait naître de  nouveaux espoirs dans nos campagnes. Cela se mesure d'ores et déjà sur  le colza Diester, dont les prix se sont largement revalorisés.

Quels  types d'opportunités se profilent pour les agriculteurs?

Tout  d'abord, en matière de bioénergies, et au-delà des seuls biocarburants,  les opportunités ne manquent pas. Les agriculteurs peuvent produire de  la chaleur et/ou de l'électricité à partir de biomasse, de manière  individuelle ou collective. Ils peuvent pour cela utiliser, selon les  conditions locales, du bois ou d'autres cultures ligneuses, du lisier,  des déchets verts, etc. Et l'éventail est encore large! Ensuite, les  produits agricoles sont une mine de molécules et peuvent remplacer  avantageusement les produits pétroliers dans de nombreux cas:  bioplastiques, solvants, lubrifiants, et bien d'autres applications qui  ne sont peut-être même pas encore inventées! Mais attention, pour que  ces débouchés se développent dans l'intérêt des agriculteurs, il faut  que certaines conditions soient réunies.

Quelles conditions  mettez-vous à un développement harmonieux de ces débouchés?

Tout  d'abord, nous ne devons pas nous faire confisquer la valeur ajoutée  générée par les valorisations non alimentaires de la biomasse: ne  refaisons pas les mêmes erreurs que dans nos relations avec la grande  distribution. Il est primordial que les agriculteurs s'organisent pour  maîtriser leurs débouchés. Nous devons investir sur le long terme, en  amont et en aval, pour y faire valoir l'intérêt des producteurs.  Ensuite, le développement des bioénergies ne doit pas être sujet à  contestation du point de vue environnemental: les agriculteurs doivent  donc être très attentifs aux bilans énergétique et environnemental de  leurs projets et se donner les moyens d'être performants. Le bilan de  ces filières, courtes et longues, devra pouvoir s'apprécier au regard  des trois dimensions du développement durable: économique, sociale et  environnementale.

Enfin, nous devons mettre en place des stratégies  "gagnant-gagnant":

toutes les filières doivent tirer profit du  développement de ces débouchés, tant le secteur végétal que le secteur  animal. Si les opportunités pour le secteur végétal sont les plus  débattues à l'heure actuelle, il ne faut pas oublier que le secteur  animal est concerné par le développement des bioénergies (production de  biogaz notamment). Ainsi, les coproduits des biocarburants (tourteaux,  drèches) peuvent constituer des matières premières fort intéressantes en  alimentation animale. Le développement des bioénergies aura donc des  impacts sur des filières entières.

Ces débouchés vont donc  contribuer à améliorer le revenu et l'image des agriculteurs?

L'amélioration du revenu des agriculteurs est au cœur des  préoccupations de la FNSEA et des JA. Le développement des débouchés non  alimentaires contribuera à améliorer la valorisation de nos productions  et aura donc un impact positif sur le revenu agricole. Même si la  fonction alimentaire demeure la priorité, ces nouveaux débouchés  agissent aussi comme un puissant vecteur d'image positive pour  l'agriculture: elle se retrouve encore plus nettement au cœur des enjeux  de la société de demain. Atout pour la France, débouché pour les  agriculteurs: c'est un duo gagnant !

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